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Le parc animalier de Braptia à El Kala: On achève bien les ânes



Le parc animalier de Braptia à El Kala: On achève bien les ânes


L’immense parking à l’entrée du Parc animalier de Braptia est désert, le coronavirus est passé par là aussi. Une image de désolation pour cet endroit où les jours d’effervescence de la foule des visiteurs qui s’y pressent donne la mesure de sa notoriété. Ces jours-là, le parking étant complet, la file de véhicules s’étire le long de la route qui y mène sur plusieurs centaines de mètres. Près de un demi-million de visiteurs passent le portail chaque année avec pour de la billetterie des recettes qui peuvent atteindre 26 millions de dinars.

. Reportage.

Le directeur du parc, un forestier, installé depuis quelques semaines à peine, n’est pas au rendez-vous. C’est le comptable, Mohamed Salah qui, avec un collègue, forme l’équipe administrative, va tenter de nous éclairer sur la situation de cet établissement qui fait face depuis quelques jours à un tollé de la presse locale relayée par les réseaux sociaux.

Souvent d’une violence inouïe, les commentaires incriminent les responsables du parc et les autorités locales de laisser mourir de faim les pensionnaires dans leurs enclos mal entretenus. Les photos publiées montrent des animaux qui visiblement ne sont pas au meilleur de leur forme. On va jusqu’à affirmer qu’ils sont morts d’inanition. Ce qui n’est pas tout à fait faux pour certains.

Mohamed Salah nous apprend qu’il y a un registre tenu par les vétérinaires où sont consignées toutes les mortalités et les maladies. Il y a eu 3 mortalités depuis janvier 2020, une gazelle, un cerf-daim mort de vieillesse et un perroquet.

Mais il y a eu aussi des naissances dans le même laps de temps: un singe magot, un lama, un cerf-daim et un mouflon. Il y a, en moyenne, 4 et 5 mortalités par an. Depuis 2016, on a perdu un crocodile et un boa, des stars. Et puis il n’y a plus aucun cerf de Barbarie dans les enclos.

Tous disparu. L’espèce emblématique et dernier grand mammifère de l’Afrique du Nord pour laquelle les 200 hectares de cette réserve semi-naturelle avaient été consacrés.

Il ne fait aucun doute que des animaux souffrent de faim ou, pour être plus précis, de malnutrition. Mais ce n’est pas la seule cause, nous indiquent des spécialistes de ces questions. Ils manquent cruellement de soins sanitaires et médicaux et des insupportables conditions d’hébergement.

C’est aussi l’avis quasi-unanime du personnel, des responsables locaux actuels et anciens qui ont eu à se prononcer sur le fonctionnement de cet établissement devenu à caractère industriel et commercial (EPIC) en 2016. Avant cela, il était à la charge du parc national d’El Kala car implanté sur le site de la Réserve réalisée en 1988 pour le repeuplement du cerf de Barbarie.

. Une grande cruauté à l’égard des ânes

«Des mortalités, il y en a», nous explique sur place M. Chibani Nacer, l’inspecteur vétérinaire de la wilaya devant un enclos où nous avons compté une centaine d’ânes très mal en point. «Une dizaine d’ânes par jour et parfois plus décèdent.» Ce sont des animaux qui proviennent des saisies effectuées sur les contrebandiers le long de toute la frontière algéro-tunisienne jusqu’à El Oued.

Mohamed Salah explique qu’«avant d’arriver chez nous, ils sont regroupés pendant des semaines sans nourriture en attendant un transport. Certains meurent sur place, les autres pendant le voyage ou à leur arrivée. Chez nous, ils sont dans une sorte de fourrière où leur nombre peut atteindre 300. Nous les alimentons autant que possible car c’est avec leur viande que nous nourrissons les fauves et les carnivores pour lesquels 4 d’entre eux sont abattus quotidiennement».

Les individus trouvés morts sont enterrés immédiatement mais pour cela il nous faut faire venir une pelle mécanique pour soulever les cadavres et creuser la fosse. Un service qu’il faut payer et ce n’est pas toujours possible. Dans ces cas, les cadavres se décomposent sur place et dégagent une odeur putride. Ce que montrent par ailleurs des photos postées par des internautes

C’est sans aucun doute à cet emplacement que se produit la plus grande cruauté à l’égard des animaux, nous explique le Dr vétérinaire et enseignant universitaire, Kamel Miroud, qui intervient fréquemment sur les lieux. «Les ânes meurent par inanition rendant de la sorte leur viande impropre à la consommation pour les autres animaux.»

. Pas de sous, pas de nourriture

Le parc abrite 164 individus de 47 espèces différentes avec une surpopulation comme celle des lions qui en compte 22. Les nombreux visiteurs viennent pour les animaux, c’est certain, mais aussi les deux parcs d’attraction en concession qui s’y trouvent. À l’heure de la sieste, les vedettes du parc fuient le soleil qu’elles craignent par dessus tout, mais les stars, les lions, le tigre et l’ours sont là. Les enclos sont alignés de part et d’autre d’une grande artère qui mène aux parcs d’attraction. On a visiblement fait le ménage suite au déchaînement des internautes et la visite des commissions ad hoc.

Des réparateurs examinent la chambre froide en panne et près de l’enclos de l’ours, les vétérinaires observent les réactions du fauve qui se relève d’une sévère gastro-entérite pour laquelle on manquait de médicament. «Il a fallu taper dans la poche d’un vétérinaire pour le soigner», nous explique-t-on. Des associations se seraient mobilisées avant l’Aïd pour apporter des victuailles, des médicaments et nettoyer les abris. L’argent, c’est ce qui manque, certes.

D’abord pour la nourriture, environ 100.000 DA tous les 15 jours pour les fruits et légumes, nous révèle Mohamed Salah en montrant les dernières factures. Il y a encore les fournisseurs du fourrage, des aliments de bétail et autres produits alimentaires comme les pâtes, etc. Un gouffre. Meriem, l’une des 3 vétérinaires, toutes en CTA (Contrat aidé de travail), nous explique que lorsque l’argent est disponible, nous ne pouvons pas acheter de médicaments en grande quantité car nous sommes limités par leur date de péremption.

A plusieurs reprises, nous avons rapporté dans ces colonnes les mouvements de protestation et la fermeture du parc par les 31 agents qui forment le personnel, restés plusieurs mois sans salaire. Les recettes de la billetterie, seules ressources du parc, ne couvrent pas, en effet, les dépenses de fonctionnement. Les concessions qui ont été autorisées devaient apporter les compléments pour assurer un meilleur traitement des pensionnaires du parc, seulement les concessionnaires ne sont pas à jour de leurs versements qui sont irréguliers. Ils n’ont même pas de contrat, nous a-t-on affirmé! Pas de nourriture et pas d’eau non plus. «Ils crèvent de faim et de soif», alertent les internautes.

Et c’est vrai, il a fallu approvisionner le site par citernage et en user parcimonieusement avec les animaux. Pas de nettoyage des enclos ni des abris. Sur les lieux, un camion de la protection civile vide sa citerne, il vient régulièrement abreuver les animaux. Sous le sceau de l’anonymat, car les représailles sont impitoyables, on nous explique que la bâche d’eau qui alimente le site est fissurée et que la conduite d’adduction a été détournée par l’un des concessionnaires. L’Algérienne des Eaux ne semble pas être au courant.

La situation s’est durement accentuée avec le confinement et le ramadan. Le ralentissement, pour ne pas dire le laxisme, qui s’est en suivi ont fini pour avoir raison du peu d’activité qui restait. Les fournisseurs ne livraient plus au motif qu’ils n’ont pas été payés.

. Faux départ

La wilaya est venue en aide en 2019 avec une enveloppe de 5 millions de DA et elle vient de libérer une seconde de 7 millions pour 2020. Et on parle aussi d’un compte bloqué au Trésor public d’un montant de 48 millions de DA.

Cependant, selon les spécialistes que nous avons consultés, le mal n’est pas dans l’insuffisance des finances, comme c’est du reste pour tous les parcs animaliers du pays. Il ne suffit pas d’avoir l’abondance de nourriture pour bien nourrir les animaux mais leur donner une ration alimentaire qui correspond tout à fait à leurs besoins nutritifs dans cet environnement et les accompagner avec un contrôle médical infaillible. Sans cela, les animaux mal nourris dépérissent, contractent des maladies et succombent.

On invoque encore le bricolage qui entoure la réalisation de ces parcs. Pas de programme, pas d’étude préalable, pas de plan d’aménagement et pas de crédits. Le résultat a donné l’apparition d’une série d’enclos identiques sans même connaître les espèces qui allaient y être installées. On s’est retrouvé ainsi avec des enclos trop grands ou trop petits pour leur locataire, inconfortables, sans évacuation, sans alimentation en eau et surtout avec un sol bétonné.

Une expertise du zoo allemand de Magdebourg, effectuée en vue d’un éventuel jumelage, a qualifié de cancer les parcs d’attraction et les commerces qui ont été implantés tout autour de manière «absurde». Le parc a été financé avec la complaisante contribution financière d’une quarantaine d’entrepreneurs, tous détenteurs de marchés publics avec l’administration.

On ignore le montant réel de ces fonds. Les animaux proviennent eux des autres parcs du pays.

Pour les spécialistes de ces questions, avec ou sans argent, ces parcs survivent aux prix de cruelles souffrances pour les animaux. Il faut soit carrément les fermer ou en faire des parcs dignes de ce nom avec les structures adéquates et surtout un personnel spécialement qualifié pour ce genre d’activité.

Sans cela, inutile d’incriminer les gestionnaires et d’en faire des boucs émissaires, le meilleur directeur au monde ne serait en mesure de faire mieux.



El Kala. Slim Sadki
environnement@elwatan.com



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