Algérie - Revue de Presse

Rôle de l'intellectuel arabe dans sa société : utile ou futile ?



« Lis au nom de ton Dieu ». Telle est l'injonction divine depuis 15 siècles. Elle est encore d'actualité et le restera toujours. C'est le premier terme jonction entre Ciel et Terre. D'autres ont suivi. Sans prétendre les évoquer tous, citons quelques-uns d'entre eux : «Dis ceux qui savent et ceux qui ne savent pas sont-ils égaux » [39/09]. «Dieu élève (en dignité) ceux qui d'entre vous ont cru et ceux qui détiennent le savoir ». L'Omniscient glorifie le savoir. Pourtant, la nation de «Iqra'» végète dans une ignorance crasse. Les intellectuels arabes, au lieu d'être honorés et occuper le devant de la scène publique, d'être vénérés comme « les chevaliers de la plume », ils sont traités de « mercenaires de la plume ». Durant la colonisation, - et particulièrement pendant la Lutte armée -, tous les intellectuels algériens étaient conviés à produire des écrits pour sensibiliser et, par suite, mobiliser le peuple algérien contre l'Occupant. Chaque intellectuel avait posé sa pierre de touche. Et pierre par pierre, l'édifice révolutionnaire fut construit parce que l'intellectuel, lui-même, était « la pierre angulaire de sa société » tels que Dib, Kateb, Moufdi Zakaria... Selon la presse nationale, 400 000 chercheurs arabes vivent à l'étranger dont nombre d'entre eux sont de véritables sommités. Ces chercheurs de pointe mettent leurs compétences de très haut niveau au service d'autres pays et d'autres sociétés. Le manque de considération sociale et aussi le manque d'aisance matérielle font que nombre d'entre eux se sentent contraints à quitter leurs pays respectifs préférant, pour la plupart, de s'installer en Occident, plus respectueux du savoir et du savant. Le budget alloué à la recherche scientifique était de 0,25 % du PIB. Aujourd'hui, l'État algérien a consenti quelques efforts supplémentaires (mais nettement insuffisants) pour l'augmenter à 1 % alors que les pays, qui sont le fer de lance de la technologie, accordent un budget qui n'est pas inférieur à 3 %. Le lien conjonctif politique/scientifique assure des résultats probants auxquels aspire la nation arabe tout entière. Pour que l'intellectuel joue son rôle de manière optimale, il faut qu'il jouisse, de manière impérative, de la liberté de penser et de s'exprimer. Ceci parce qu'il a une formation nationale, certes, mais aussi universelle.  Il est, aussi, doué d'une culture politique et il lui incombe d'élaborer une politique culturelle parce qu'il analyse sa société souvent en crise entre une tradition aliénante et une modernité convoitée-l'antenne parabolique aidant. Là, il se trouve confronté à deux écueils qui rendent sa mission difficile : - La télévision étrangère ne montre que ce qu'elle veut montrer, c'est-à-dire les gens-les jeunes-tous heureux. Seuls les jeunes Algériens sont malheureux comme des pierres. -L'absence d'une culture moderniste. Dans les régimes totalitaires, la création intellectuelle est limitée jusqu'à sa dévalorisation vu la censure qui est une véritable chape de plomb. Ces régimes veulent faire de lui, à la fois, « un acteur pensant et un produit pensé ». Ce qui fait que le statut de l'intellectuel, à l'intérieur de sa société, est politiquement, socialement et culturellement perturbé. Il se veut une autorité morale, il se voit ravalé à un simple instrument de propagande. Il se veut un intellectuel libre et responsable, le Pouvoir fait de lui un intellectuel « organique » totalement déconnecté des préoccupations de ses compatriotes pour s'atteler à légitimer des Pouvoirs sans assises populaires. Ce qui le place dans une position inconfortable parce qu'elle n'est pas sienne. Pourtant, le Saint Prophète (QSSL) disait : « Les savants sont les dignes successeurs des Prophètes », car les deux catégories de personnes sont transcendantes. C'est dire que l'Islam est une religion de savoir, de paix, de justice, de tolérance. Seule l'intelligentsia est à même de guider la nation algérienne, arabe voire musulmane vers ce qu'elle aspire. De par son savoir et son expérience scientifique, l'intellectuel arabe doit prendre part, par devoir, à l'édification de son pays et à la promotion de sa société même si des forces occultes se mettent en travers de sa voie (et de sa voix). L'école, la mosquée, les médias ont aussi leur part de responsabilité au même titre que l'intellectuel pour sortir la nation « des ténèbres de l'obscurantisme » religieux, soit-il, ou politique vers « la lumière du savoir et de la technologie ». Un savoir ouvert sur les valeurs universelles tout en restant soi-même, c'est-à-dire Arabe et Musulman. Tous les Musulmans libres pensent qu'une rénovation de la foi pensante donnera, sans nul doute, un nouveau visage à la nation arabe. Par contre, le maintien de l'actuel conformisme favorise fatalement sa régression. Ainsi, la libéralisation de la pensée peut enclencher le processus d'une émancipation positive pour notre société. L'Islam cessera d'être un « islam politique », générateur de violence pour redevenir, comme par le passé, un « Islam-science ». Il faut rappeler que le conservatisme organique n'est pas toujours de bon aloi. Y a-t-il une voie du salut ? Oui, si certaines conditions sont réunies : 1/. Cesser le dirigisme politique, culturel et cultuel sur l'intellectualité. 2/. Revaloriser socialement et politiquement le savoir et le savant. 3/. L'élite intellectuelle doit se constituer en corps organisé, c'est-à-dire en classe scientifique à l'instar de la classe politique. 4/. Elle doit être consultée pour émettre son avis sur tout ce qui a trait aux grandes décisions du pays à l'instar des pays démocratiques. 5/. Cette élite doit se rencontrer périodiquement sous forme de séminaires et/ou congrès pour faire le point et échanger leurs expériences et leurs compétences. Cependant, si la société persiste dans son immobilisme, la mission de l'intellectuel deviendra très difficile à accomplir. Ce dernier n'a pas la prétention de réinventer sa civilisation ni sa culture. Il souhaite simplement les actualiser pour amorcer une perestroïka arabe afin de mener sa nation à bon port, c'est-à-dire vers une modernité universelle où la mondialisation est en train de se faire avec ou sans nous. L'université est le fer de lance pour réaliser ce projet ambitieux. L'enseignant-chercheur en est la cheville ouvrière en tant que concepteur d'idées dans l'intérêt de l'ensemble de la nation. La plupart des découvertes médicales, technologiques et autres ont eu lieu dans les laboratoires universitaires. Aujourd'hui, l'intellectuel arabe souffre de voir sa société vivre une«infra-modernité». Les pays, qui ont atteint le degré actuel de technologie, ont mobilisé le savoir pour en faire leur religion parce qu'il est la dynamique qui fait bouger la société et la met en valeur. Le rôle des experts (intellos) est vital pour la nation. La conjugaison rationnelle des efforts du Savoir et du Pouvoir est à même d'assurer la prospérité, tant morale que matérielle, de la génération présente et de la postérité pour le bonheur de tous et de chacun. Répartir équitablement les richesses nationales, c'est bien mais répartir le bonheur pour l'ensemble des Algériens c'est mieux. Lutter contre les haggara, c'est lutter efficacement, à la fois, contre le terrorisme et les harraga. L'intervention des partis politiques, aussi entreprenants et actifs soient-ils, ne peut avoir un rôle déterminant sans l'action effective de la science et de ses détenteurs. Le devenir de la nation, voire de l'humanité en dépend. Notre société ne peut évoluer sur les plans temporel et spirituel que si elle est confortée par une bonne et solide culture. Elle pourra, alors, cesser d'être une masse informe pour devenir une société organisée. De ce fait, seule l'expertise assure un développement harmonieux et durable ainsi que le progrès technique. Ces derniers (progrès et développement) ne sont assurés ni par l'économie ni par la politique, mais par les experts que sont les chercheurs. Dans le temps et dans l'espace, l'intelligentsia a toujours été l'ascenseur social. Dans le monde arabe, elle est en rade des grandes décisions. Les régimes semblent mieux s'accommoder au conformisme qu'à l'esprit cartésien. Autrement dit, la pensée militante prime sur la pensée scientifique. Le hiatus entre le Savoir et le Pouvoir lézarde la Société civile et fissure le Moi national. Ce qui ouvre l'ère de la décadence nationale et rend difficile, sinon impossible, l'édification d'une société harmonisée et équilibrée avec des repères scientifiquement définis. D'où le chaos que nous vivons aujourd'hui. Le silence de l'intelligentsia algérienne, par exemple, n'est pas un silence-coupable mais un silence-victime. Par exemple, il n'y a pas de plages horaires hebdomadaires réservées aux débats sur les plateaux de la télévision nationale pour les intellectuels. Celle-ci est réservée aux politiques, aux sportifs, aux artistes... Parfois, l'intelligentsia se doute d'elle-même : est-elle utile ou futile ? Ce qui accule nos cerveaux vers les portes de sortie et quitter le pays en masse. Cette hémorragie de l'or gris handicape lourdement le pays. Le chef de l'État a raison de dire : « Nous formons pour les autres ». Cependant, qu'a-t-il fait pour arrêter cette hémorragie nationale ?  Enfin, force est de dire que nos décideurs se doivent de faire du Savoir une deuxième religion après l'Islam, religion de « Iqra'». L'avenir du pays en dépend. En 1830, 90 % des Algériens savaient lire et écrire. En 1962, 90 % de nos compatriotes étaient analphabètes. Durant cette même période (1830/1962), sept millions de martyrs sont tombés dans le champ d'honneur pour que vive l'Algérie. Oui, mais une Algérie savante et démocratique, moderne et évoluée capable de suivre, sans peine, la marche du temps tout en restant conforme à ses repères identitaires, culturels et cultuels qui sont « le véritable GPS national ». * Docteur ès lettres Université de Chlef.


Salam Sofiane, La fuite des cerveaux condamne un peuple à rester sous-traitant. Son implication : les brevets sont effectivement enregistrés par la puissance dominante du moment, les Etats-Unis et son "rayonnement"... Ce phénomène s'observe dans chaque territoire que ce pays a libéré d'une dictature en échange de la soumission aux lois du marché dont il est seul acteur. D'un asservissement à un autre. Moindre mal mais nous avons peine à être acteur de notre avenir. La stratégie économique a pris le pas sur la stratégie militaire. Que faire si ce n'est se constituer en association et dénoncer, manifester, rappeler que notre souhait premier c'est d'avancer.
- TROYES
05/02/2008 - 879

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