Algérie

LES «VERITES» DE L'EMPIRE



LES «VERITES» DE L'EMPIRE
La Syrie va subir une frappe. Aucun élément de surprise à attendre au vu des déclarations émises à Washington avec une solennité surjouée par le secrétaire d'Etat américain, John Kerry. Ce n'est plus qu'une question d'heures ou de jours, Washington estimant qu'il est de son «intérêt national» de traduire en actions ses menaces publiques au nom de la préservation de son crédit de dissuasion. Barack Obama peut prétendre à un «style» différent, il est toujours dans les godasses de Bush ou, pour être plus précis, dans les contours fixés par l'establishment américain.Les «preuves» avancées par John Kerry se fondent sur une répétition incantatoire d'un «nous savons», «we knew» ! Ils sont pourtant très nombreux dans le monde et aux Etats-Unis mêmes à ne pas croire quand on leur dit «nous savons». Ils veulent des preuves et ce qui a été livré par les services de renseignements américains ne diffère pas de ce qu'ils ont dit en Irak : ils expriment une «conviction», ils ne donnent pas des preuves. Colin Powell aussi «savait» et il est allé au Conseil de sécurité présenter de fausses informations. Cela nous le savons sans l'ombre d'un doute. Le président russe, Vladimir Poutine, n'est pas non plus impressionné par le « nous savons» des Américains. Les Américains disent «avoir des preuves, eh bien, qu'ils les montrent aux enquêteurs des Nations unies et au Conseil de sécurité. S'ils ne le font pas, cela veut dire qu'il n'y en a pas». Elémentaire, dirait-on.
Tout comme l'est d'ailleurs le constat que le régime de Damas n'a aucun intérêt à faire usage des armes chimiques alors qu'il est en bonne posture militaire. «Les forces syriennes sont à l'offensive et cernent l'opposition dans plusieurs régions. Dans ces conditions, fournir un tel prétexte à ceux qui appellent à une intervention armée serait une absurdité totale». En réalité, les Américains veulent imposer au monde l'idée que les évaluations et les «convictions» de leurs espions sont la vérité absolue, une parole d'évangile ! Ce qui est une autre absurdité absolue pour des services qui ont déjà manipulé, menti et organisé des coups d'Etat. En réalité, la messe est dite. Washington s'apprête une nouvelle fois à se passer de l'Onu et à marcher sur le droit international.
Certains aiment présenter Barack Obama comme en proie à un «dilemme moral», c'est de la frime, il est le représentant de l'Empire et mène sa politique. Cela fait longtemps que plus personne ne se fait d'illusions sur la différence entre lui et son prédécesseur. On ne sait pas si les frappes «ciblées» annoncées ne vont pas déraper vers quelque chose de plus régional, c'est un des risques. La vraie question posée par cette atteinte annoncée au droit international sera la conclusion qu'en tireront Moscou et accessoirement Pékin qui tarde à prendre les responsabilités internationales que sa montée en puissance commande. Personne ne s'attend à ce que Moscou entre en guerre contre les Américains à cause des frappes. Mais la décision américaine de passer outre l'Onu devrait pousser Moscou à aider davantage Damas sans se formaliser outre mesure du discours des Occidentaux. Mais cela ne répondra pas à la question de la déstabilisation de l'ordre international - dont le droit international est toujours l'expression - par l'unilatéralisme américain.
C'est sur cet aspect que la réaction et la politique de Moscou et de Pékin sont attendues et seront décryptées. Une superpuissance s'arroge, une fois de plus, le droit exorbitant, au nom de «preuves» de ses propres services - que l'on ne daigne même pas présenter à la communauté internationale -, d'intervenir militairement dans un autre pays. On est dans la confirmation du précédent irakien, celui de la suprématie de la force brutale sur le droit. Que cette force brutale se drape de propagande morale n'y change rien.


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