Algérie

Les festivités se succèdent, la socialisation de la culture stagne



Les festivités se succèdent, la socialisation de la culture stagne
Vu d'un ?il extérieur, le secteur de la culture en Algérie connaît ces dernières années une véritable effervescence, avec un nombre de festivals qui ne cesse de s'accroitre. Mais avons-nous vraiment besoin de plus de 180 festivals annuels pour dire que le secteur se porte bien 'En l'absence d'un véritable plan réfléchi, le secteur de la culture a, et depuis des années, englouti des budgets faramineux, sans pour autant réaliser une amélioration en termes de qualité des ?uvres produites ou encore de socialisation de la culture.En effet, au lieu de créer des festivals à tout bout de champ, les responsables du secteur devraient s'appliquer à promouvoir la culture de proximité, quitte à forcer la main pour cela aux collectivités locales et les inciter à investir réellement le terrain pour promouvoir les arts au niveau des communes.Les différents acteurs de la société, à l'instar du mouvement associatif, ontégalement beaucoup à donner dans le domaine de l'art. D'ailleurs, lesévénements les plus imposants du secteur en Algérie sont le fruit d'initiatives d'associations à l'image du DimaJazz, inscrit désormais sur les agendas des plus grosses pointures du jazz et world music. Cet événement qui est né des mains d'une bande de copains a pris le temps de grandir et de se bonifier pour devenir, aujourd'hui, l'un des festivals phare en Algérie, et même ailleurs. Autre exemple de réussite, les Rencontres cinématographiques de Béjaïa qui ont célébré cette année leur 12e édition et qui connaissent un franc succès auprès des passionnés du 7e art, tous horizons confondus. On ne peut en dire autant de cette centaine de festivals décrétés, institutionnalisés et budgétisés, sans rien apporter. Ce sont autant d'investissements à fonds perdus.Par ailleurs, il est à noter que pour espérer une quelconque amélioration dans le secteur de la culture, il faudrait d'abord commencer par toucher la société et la majorité de sa composante, à savoir les jeunes et les enfants. Il ne suffit pas de dégager de l'argent pour inviter, tous frais payés, des artistes, locaux ou étrangers, organiser un festival, lui assurer un battage médiatique, quitte à graisser les pattes de quelques journalistes, pour dire que la culture va bien et que les gens s'y intéressent. Car, une fois l'événement clôturé, tout redevient comme avant, désert.Si on veut avoir une activité culturelle intense, diversifiée et, surtout, impactante, il faudra cibler les établissements publics et les associations qui travaillent réellement pour les soutenir, en moyens et finances. On ne peut pas accorder des budgets faramineux à une institution comme l'Agence algérienne pour le rayonnement culturel (Aarc) avant d'avoir une culture à faire rayonner ! Cette institution s'est d'ailleurs détournée de sa missionoriginelle et est devenue productrice distribuant des enveloppes budgétaires sans se soucier des obligations de résultats. L'Aarc est devenue l'agent et le financier de certains artistes -choisis sur on ne sait quels critères- et elle se charge d'inscrire leurs productions dans des festivals étrangers qui ne sont pas toujours les mieux classés. Quant à la médiatisation de son action, il suffira de quelques journalistes «embedded» pour en faire un événement majeur. Si l'Aarc entend travailler pour le rayonnement de la culture que n'aurait-elle commencé par le faire chez-elle. Charité bien ordonnée commence par soi-même, dit le proverbe. Surtout qu'il y a du travail à faire ici, en Algérie où le nombre de salles de cinéma sur le territoire national se compte sur les doigts et où les salles de spectacles sont vides 11 mois sur 12. Les autorités devraient revoir leur copie et leurs priorités car, avant de multiplier le nombre de festivals, il faudra d'abord penser à leur utilité et leur impact réel. De l'animation à la petite semaine ne fera jamais une vie culturelle ni une culture.W. S. M.




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