Algérie

Le rêveur du banc public



Assis tout seul, l'homme semble perdu dans ses idées, en ce jour du mois de Ramadhan. Il est là depuis quelque temps déjà, dans une posture figée, l'?il mi-clos, comme si son esprit est ailleurs. Puis, il se retourne à droite puis à gauche, d'un geste lui aussi lent. La rue commence à s'agiter, les passants sont de plus en plus nombreux, mais l'homme fait dans l'indifférence, comme pour s'isoler dans une coquille protectrice. Il semble se construire un monde de rêves. Son regard lourd s'égare dans l'immensité onirique, d'une paix morale sans limites, de quoi lui donner l'occasion de réaliser, ne serait-ce que l'espace de quelques secondes, son envie de s'évader, de s'éloigner de tout ce qui perturbe sa quiétude. Il se transporte dans une contrée où tout est calme, beau, plus de stress, de maux sociaux, de vociférations, de sempiternelles files d'attente. Sur cette terre bénie, il pose ses pieds, la tête pleine de jolies choses, d'espoir notamment. Le rêve continue de bercer son c?ur, son imaginaire. Pour une fois, il ose se dire en face qu'il peut naviguer à sa guise, sans qu'on lui dise où il doit aller. Dans ce pays lointain, l'homme dresse des châteaux, ses demandes sont exaucées sur le champ, sa vie prend un autre tournant, il se croit seul au monde. Jamais auparavant, il n'a été aussi satisfait, il fait ce qu'il veut, libre de ses mouvements, sûr de ses convictions, un prince charmant aux allures d'un jeune encore pétri de force, l'exemple parfait de tout. Et puis soudain, un klaxon strident d'une voiture prise dans un encombrement le fait retomber de son piédestal. Après les instants perchés au-delà des nuages, l'homme retrouve vite la réalité qu'il a quittée. Il ouvre les yeux. Autour de lui, le vacarme de la quotidienneté habituelle, il est assis au beau milieu d'un espace vert dégradé, jonché d'ordures, dans un brouhaha infernal. Dans un geste, il essaie de se rappeler le chemin parcouru, quand un passant l'apostrophe : «Monsieur où est-ce que vous avez acheté ce bidon d'huile de table» ' A ce moment-là, il s'extirpe de ses rêvasseries, l'esprit alourdi par ce qui l'attend, en se rappelant les achats à effectuer. En sus du bidon d'huile, le marché, il devra conduire sa vieille mère chez le médecin, compléter le dossier de sa fille pour le concours de recrutement dans le secteur de la santé, rendre visite à son cousin qui vient de sortir de l'hôpital et d'autres choses encore. L'homme se relève lentement l'air fébrile et marche quelques pas, avant de jeter un dernier coup d'?il au banc public qui lui a permis de rêver et de transcender. Il semblait même lui lancer : « Au revoir, à la prochaine » !!


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