Algérie

L'Algérie "dangereusement" sous-bancarisée



La place bancaire algérienne se positionne parmi les dernières de la région en termes de bancarisation et d'accès aux moyens de paiement modernes.La récurrence et l'aggravation des pénuries d'argent liquide au niveau national mettent en évidence l'archaïsme général qui continue à caractériser le système financier algérien, faute d'une stratégie de réforme et de modernisation concrète et efficiente.
Bien que particulièrement ressenties, en ce contexte de crise sanitaire et de tassement de l'activité économique et commerciale, les crises de liquidités dans un pays si peu bancarisé comme l'Algérie ne sont pourtant pas de simples phénomènes conjoncturels et passagers.
De par l'ampleur de l'impact qu'elles charrient, à chaque fois, sur la vie économique et sociale, les ruptures épisodiques d'approvisionnement en argent liquide traduisent, dans le fond, de très graves défaillances structurelles au sein du système financier national.
Qu'est-ce qu'une pénurie de liquidités en effet, sinon l'absence ou le manque de cash... ' Et que peut refléter un tel degré de dépendance si généralisée au cash, sinon l'archaïsme manifeste et dangereux du système bancaire et financier algérien ' De l'aveu même du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, le système bancaire dans sa configuration actuelle n'est qu'un "simple guichet public".
Le président de la République, qui, lors d'une récente réunion du Conseil des ministres, préconisait ainsi "une révision de ce système financier", ne va, cependant, pas au-delà du constat et des diagnostics, plus ou moins destinés à la consommation médiatique.
Les besoins de la politique étant ce qu'ils sont, le chantier de la modernisation financière et bancaire est, quant à lui, toujours en attente d'être, d'abord et avant tout, rationnellement conçu pour pouvoir ensuite être concrètement lancé. Cela reste encore un v?u pieux, depuis au moins deux décennies.
Et ce n'est assurément pas en misant sur les instruments de la finance islamique et en favorisant par là même le rejet des pratiques financières conventionnelles que les banques de la place financière parviendront à s'ériger en plaque tournante à même de capter l'épargne et les fonds colossaux qui circulent hors circuits officiels.
Vers la fin de l'exercice écoulé, cet argent non bancarisé se chiffrait à pas moins de 5 000 milliards de dinars, selon les évaluations de la Banque d'Algérie (BA) dévoilées par son gouverneur par intérim de l'époque, Amar Hiouani.
Ce montant représente l'équivalent de plus de 50% des encours des crédits accordés à l'ensemble de l'économie nationale et plus de 30% de la masse monétaire totale du pays, faisait observer le même responsable, en alertant d'emblée sur "la déficience de la politique de l'épargne".
Dès lors, comment espérer parvenir à canaliser les fonds thésaurisés et ceux circulant dans les circuits informels vers la sphère bancaire officielle ' Et à moins d'un recours débridé à de nouvelles créations monétaires pour compenser celles qui ne reviennent jamais dans les circuits officiels, comment éviter, en pareil contexte d'inefficience du système bancaire, que des pénuries de liquidités paralysantes ne se répètent indéfiniment '
Le fait est que l'archaïsme de la place financière locale est tel que le cash est devenu aujourd'hui si incontournable en Algérie, au moment où ses usages de par le monde tendent de plus en plus à être infiniment réduits.
Rien qu'en termes de bancarisation de la population et d'accès à la monétique, l'Algérie, faut-il le rappeler, accuse un retard immense, y compris même en comparaison avec des pays voisins ou d'égal niveau de développement économique.
La place bancaire algérienne, révèlent en ce sens les chiffres de la Banque centrale, se positionne parmi les dernières en termes de bancarisation, avec à peine 1 664 agences et un taux de couverture d'une agence pour 27 587 habitants, alors que la norme est d'une agence pour 5 000 habitants. C'est dire tous les graves déficits de développement qui restent encore à résorber pour sortir le système bancaire et financier national de son archaïsme.

Akli REZOUALI


Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)