Algérie

2025: l'Algérie mettra l'Europe au... courant



Publié le 23.07.2024 dans le Quotidien l’Expression

C'est connu, l'Europe a vu, au mitan du XVIIe siècle, la naissance des Lumières, un courant de pensée intellectuel, philosophique qui sera porté par des noms illustres: Spinoza, Descartes, entre autres. Et à ce rationalisme cartésien, les penseurs de Grande-Bretagne firent pièce, Hobbes et Locke en tête avec une autre manière de penser, l'empirisme, qui explique que le savoir, les connaissances découlent de l'expérience.
En bons enfants d'Ibn Khaldoun, nous avons su, à travers les générations qui se sont succédé, surtout une fois l'indépendance acquise, faire un cocktail de ces pensées qui ont été mises en pratique, en une sorte d'atavisme, avec plus de bonheur (ou moins) tout le long des deux décennies postindépendance. Puis ce fut le début de la valse à deux temps.
C'était du temps de l'improvisation érigée en système qu'à l'initiative réfléchie et concertée. Un laboratoire, quoi! Et ce fut le début de l'ère du grand gâchis et de l'argent facile. La corruption commencera à enrayer les mécanismes du développement. Le découragement à gangrener des couches entières de la population qui sortait éprouvée d'une guerre de résistance face à l'hydre terroriste et qui n'aspirait qu'à s'extraire de ces sables mouvants.
Aujourd'hui, et rétrospectivement, on ne peut affirmer catégoriquement que les Algériennes et les Algériens qui se déplacèrent aux urnes en 2019 croyaient tous dans ce que les programmes électoraux promettaient.
L'optimisme avait été remisé depuis des lustres, dans les fonds des tiroirs.
2024: ce qui se passe actuellement ne relève absolument pas du miracle, ce serait minorer de la capacité de discernement de tout un peuple que d'oser même le suggérer. Non, il s'agirait plutôt d'une démarche aussi empirique que cartésienne, qui a mis le temps nécessaire pour se mettre en place, il est vrai. Mais le résultat n'est que meilleur. Durant ce premier quinquennat, on a assisté à un mouvement bien perceptible des plaques tectoniques de ce pays que certains ex-dirigeants menaçaient d'une implacable faillite. Une banqueroute brandie en 2018, tel un épouvantail. Inutile de dire que de là où ils sont, (que la Miséricorde divine soit sur ceux qui sont partis) nombre d'entre eux doivent se poser des questions sur l'état de leur conscience.
Aujourd'hui, et sans l'apport d'une intelligence artificielle quelconque, les images en provenance du Grand Sud sont sans appel. Ces milliers de camions traçants, sur des milliers de kilomètres d'asphalte, vers ces gigantesques étendues sahariennes où une grande variété de céréales a poussé. On est passé, le temps d'une récolte du désert des Tartares au désert des Berbères. À coup sûr, dans un lustre, le Sud pourra nourrir pleinement le Nord. Et même exporter. Sans compter que le rêve contrarié de Houari Boumediène de faire des mines de Gara Djebilet la Ruhr saharienne d'Algérie est en train de devenir une réalité, pleine et entière, depuis le lancement par Abdelmadjid Tebboune, en 2023, du plan de relance du secteur minier. Les hydrocarbures ne sont plus l'alpha et l'oméga du développement national. Mais pas si vite, les énergies fossiles, grâce surtout à une politique prospective raisonnée, ont encore de beaux jours devant elles...
Pas plus tard qu'en mars dernier, lors de la réunion au sommet des pays membres, le chef de l'État avait remis au goût du jour la nouvelle gouvernance algérienne, annoncée dès son arrivée au Palais d'El-Mouradia, en 2019, précisément, avec pour credo moins de slogans, plus d'actions. Et justement, en matière énergétique, la toute récente annonce de la prochaine pose d'un câble électrique sous-marin entre l'Algérie et l'Europe esquisse à grands traits la nouvelle donne algérienne qui renforce ainsi sa position de fournisseur de référence de l'Europe, en matière d'énergie, à travers l'exportation de l'électricité conventionnelle produite à partir du gaz naturel ou encore celle générée par les énergies alternatives et renouvelables. En branchant électriquement l'Algérie, l'Afrique donc, à l'Europe, c'est le hub énergétique stratégique régional qui s'annonce. Et c'est ainsi que l'Algérie électrisera l'Europe, en l'électrifiant.
En postulant à un second mandat, Abdelmadjid Tebboune aura certainement à coeur de passer à la vitesse supérieure, d'augmenter le voltage, quoi! Le temps n'étant plus, fort heureusement, à cette incongruité, des années quatre-vingt, qui ne figure même pas dans les chaires de sciences-éco, intitulait, à l'époque «Reste à Réaliser» (R. A. R.). Pour conclure, disons que, hier, nous avions importé les Lumières et, aujourd'hui, l'Algérie s'apprête à exporter de la lumière, à cette même Europe. Un rapport gagnant-gagnant. La souveraineté est à ce prix. Alors que la lumière soit!
Saïd OULD KHELIFA



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